mercredi
07 août 2002 - 17h10
Traces d'OGM
dans des analyses de semences de maïs importées
PARIS (AFP) - Des traces
d'organismes génétiquement modifiés (OGM) ont été relevées
dans un quart des échantillons de semences de maïs à l'importation
testés par la Direction Générale de l'Alimentation, qui va
étendre ses contrôles.
La DGAL a contrôlé
entre février et avril 447 échantillons de semences de maïs
à l'importation, dont 130 en provenance des Etats-Unis, qui
concentrent 68% des surfaces mondiales cultivées en OGM. Sur
le total, 109 échantillons de 5 pays (USA, Hongrie, Chili,
Afrique du Sud, Turquie) ont présenté des traces d'OGM, dont
2 échantillons à un seuil supérieur à 0,5%.
Le programme
de contrôles, rendu public mardi par la DGAL, le plus complet
mené à ce jour, confirme la présence fortuite d'OGM dans une
proportion non négligeable des semences importées, alors même
qu'elles ne sont pas étiquetées comme OGM.
La DGAL prévoit
un contrôle plus large à la rentrée, d'octobre 2002 à avril
2003. A cette date, toutes les semences OGM importées en Europe
devront être étiquetées, en vertu d'un décret du 8 avril 2002.
Dès juillet
2001, des analyses de la DGCCRF (Direction générale de la
concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes)
faisaient apparaître la présence d'OGM dans un nombre significatif
d'échantillons de semences "classiques" (16 sur 39 pour le
maïs), suscitant l'inquiétude du public.
L'Agence française
de sécurité sanitaire des aliments avait alors estimé que
la santé publique ne paraissait pas en danger, mais que si
cette présence devait se généraliser, "des études devraient
être entreprises pour en préciser l'origine, évaluer les risques
possibles et prendre en compte cette donnée pour définir des
seuils dans ce nouveau contexte".
La notion de
seuil fait l'objet de débats acharnés.
La Commission
européenne propose d'accepter une contamination de 0,5% des
semences, mais ce seuil, qui devra être transposé dans la
législation de chaque Etat membre, n'est pas adopté.
La Direction
de l'alimentation s'est basée sur ce seuil de 0,5% pour décider
du sort des semences contaminées.
Seulement 2
lots de semences du Chili, présentant des teneurs en OGM supérieures
à 0,5%, ont été consignés pour être retournés à l'exportateur.
107 lots présentant des traces d'OGM inférieures à O,5% ont
été mis sur le marché.
Cette décision
a été condamnée comme "aberrante" mercredi par Greenpeace
France, car "anticipant des seuils de contamination tout à
fait inacceptables".
L'association
milite pour un seuil correspondant à la limite de la détection,
soit 0,1% avec les moyens actuels.
"Autoriser
la mise sur le marché de lots de semences contaminés au-dessus
du seuil de détection revient à ouvrir la porte à une contamination
rampante de l'agriculture et de la chaîne alimentaire par
les OGM", souligne Greenpeace.
Contrairement
aux Etats-Unis, l'Europe est quasiment exempte de cultures
OGM, du fait de la méfiance des consommateurs.
Un moratoire
bloque depuis trois ans les autorisations de nouveaux OGM
en Europe, en attendant des règles précises d'étiquetage et
de traçabilité.
Pour les écologistes
et les associations de consommateurs, autoriser des semences
contaminées fortuitement avec des OGM met en péril le maintien
d'une filière "non-OGM" et d'agriculture biologique.
La DGAL estime
que "la production mondiale de semences ne permet pas d'avoir
des semences exemptes d'OGM".
Quatre pays
concentrent 99% des surfaces cultivées en OGM: Etats-Unis
(35,7 millions ha, 68% du total), Argentine (22%), Canada
(6%) et Chine (3%).
Le soja représentait
fin 2001 63% du total, le maïs 19%, le coton 13% et le colza
5%.
(Photo :
des gendarmes surveillent une parcelle de plants de maïs génétiquement
modifié, le 02 septembre 2001 à Saint Pierre d'Amilly Par
Patrick Bernard)