mercredi
16 octobre 2002 - 11h35
Observation
de la Terre: la politique du chacun pour soi touche ses limites
HOUSTON (AFP) - Les programmes
d'observation de la Terre par satellite et "in situ", menés
par les Etats-Unis, l'Europe, le Japon et d'autres pays, sont
marqués par une politique du chacun pour soi qui empêche l'utilisation
optimale des données pour prévoir les catastrophes naturelles
ou aider les pays en développements, selon des experts à Houston
(Texas).
Ces responsables
de grandes agences spatiales réunis pour le deuxième Congrès
mondial de l'espace ont appelé à "une approche intégrée, utilisant
à la fois les satellites de recherches et satellites opérationnels,
ainsi que les observations in situ" pour fournir des données
qui pourront ensuite être utilisées par les gouvernements
confrontés aux catastrophes naturelles, à la sécheresse ou
à la famine.
Soulignant
la profusion de données désormais disponibles, en temps réel,
sur notre planète, Gregory Whitee a estimé que "tout cela
doit maintenant être orchestré".
Et "c'est
un problème très difficile à régler", a convenu le directeur
adjoint de l'Administration américaine pour l'Atmosphère et
les Océans (NOAA).
"Nous avons
un début d'organisation", a poursuivi ce responsable en citant
la Stratégie d'observation mondiale intégrée (IGOS), un forum
créé en 1998 à Paris, dont le but est d'interconnecter les
données.
"Le canevas
est prêt, il nous reste à obtenir des engagements" des différents
pays à y participer, a dit M. Whitee.
Pour Tillmann
Mohr, directeur de l'Organisation européenne pour l'Exploitation
de Satellites météorologiques (EUMETSAT), "nous n'avons pas
les moyens de maintenir tous ces systèmes d'observation de
la planète", qui fonctionnent en parallèle.
"Il nous faut
non seulement un système d'observation intégré, mais aussi
une stratégie intégrée", a ajouté le responsable d'EUMETSAT,
qui a son siège à Darmstadt (Allemagne) et regroupe la plupart
des pays européens.
Dans ce but,
selon M. Mohr, EUMETSAT et la NOAA "prévoient de devenir partenaire
dans la mission d'altimétrie Jason-2", un satellite franco-américain
d'observation des océans qui devrait être lancé par NASA en
2005.
"Je crois
que nous sommes dans la bonne direction", a ajouté le patron
d'EUMETSAT. Le satellite franco-américain Jason-1 avait déjà
été lancé par la NASA en décembre 2001.
Il est capable
de mesurer les interactions climatiques entre la mer et l'atmosphère
et d'effectuer des relevés en temps réel du niveau des mers.
Il peut aussi
enregistrer les courants, améliorer les prévisions météorologiques
et observer des phénomènes climatiques tels qu'El Nino.
"La question
d'une utilisation plus large (des données disponibles) est
absolument majeure pour notre avenir", a insisté José Achache,
directeur des programmes d'observations de la Terre à l'Agence
spatiale européenne (ESA).
"Et c'est
la responsabilité des agences spatiales nationales, si nous
ne le faisons pas, personne ne le fera". M. Achache a expliqué
que "pour passer de l'observation au service (aux utilisateurs
sur le terrain), il faut des modèles, des outils de traitement,
et des outils pour acheminer", l'information.
Pour lui, "nous
n'avons pas assez investi" à l'autre bout de la chaîne, du
côté des utilisateurs.
Mais ce responsable
de l'ESA a souligné le "défi politique, commercial et technique"
pour parvenir à un partage de l'information.
Il faut une
volonté politique des Etats, qui n'est pas toujours acquises
en raison des préoccupations de sécurité autour des observations
satellites, a-t-il expliqué.
"Les équipements
doivent aussi être capables de se parler entre-eux, ce qui
représente un énorme défi technologique".
Pourtant, "si
nous ne le faisons pas, nous allons au devant de graves ennuis",
a conclu M. Achache .
(Photo :
la Terre)